Les charges de ma copropriété augmentent, que faire ?
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19 février 2026
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Les charges de ma copropriété augmentent, que faire ?

Tom Lemeille

Article publié le 19 février 2026


Vous venez de recevoir le nouveau budget de la copropriété et le montant vous a fait sursauter ? Vous n'êtes pas seul. Selon le baromètre Manda, la facture annuelle moyenne de charges est passée de 1 886 € en 2021 à 2 259 € en 2024, soit +20% en trois ans. C'est environ 1,5 fois plus rapide que l'inflation générale.

Mais avant de pointer du doigt votre syndic ou de vouloir tout renégocier dans la précipitation, il est essentiel de comprendre pourquoi vos charges augmentent. Et une fois qu'on a compris les causes, on peut agir intelligemment.


Récapitulatif : chaque poste de charges, ses risques et ses alternatives

Avant d'entrer dans le détail, voici un tableau de synthèse pour y voir clair d'un seul coup d'œil. Pour chaque contrat ou poste de dépense, on résume s'il est obligatoire, le risque encouru en cas de suppression ou de réduction, et les alternatives possibles.

Contrat / PosteObligatoire ?Risque si suppression ou réductionAlternatives
Assurance immeubleOui (obligation légale)Poursuite judiciaire en cas de sinistre non couvert, mise en cause de la responsabilité du syndic et du conseil syndicalMise en concurrence tous les 2-3 ans, vérifier la cohérence des capitaux assurés, ajuster les franchises (avec prudence)
SyndicOui (loi du 10 juillet 1965)Blocage total de la gestion, impossibilité de prendre des décisions légales, poursuite possible par un copropriétaireMise en concurrence à l'échéance, négocier le périmètre du forfait, syndic bénévole ou coopératif (petites copros)
Énergies (eau, électricité, gaz)Oui (logements insalubres sans)Insalubrité des logements, risque sanitaireChanger de fournisseur (jusqu'à -20%), optimiser la puissance souscrite, suivre les consommations mensuellement
Chauffage collectifOui si l'équipement existeRisque sanitaire (logements insalubres), risque assurantiel (refus de couverture), risque technique (gel des canalisations)Optimiser le contrat P1/P2/P3/P4, mise en concurrence, régulation de température (-1°C = -7% de facture), passage en individuel (projet lourd nécessitant PPT + DPE + DTG + étude de faisabilité)
AscenseurOui (maintenance obligatoire par loi)Sécurité des résidents, responsabilité pénale en cas d'accident, dévalorisation des lots en étagesMise en concurrence (marges élevées dans le secteur), négocier les tarifs hors contrat en amont, condamnation de l'équipement (solution extrême)
MénageNon mais essentiel au confortDégradation des parties communes, dévalorisation du patrimoine, tensions entre résidentsRéduire la fréquence de passage, mise en concurrence du prestataire, répartition entre résidents (petites copros solidaires)
Espaces vertsNonDégradation esthétique, risque structurel si la végétation protège le bâti, non-respect du règlement de copropriétéRéduire la fréquence, remplacer les massifs gourmands par des plantes à faible entretien (vivaces, couvre-sols), récupérateur d'eau de pluie pour l'arrosage
VMCOui si l'équipement existeHumidité, moisissures, risques sanitaires, refus de prise en charge par l'assurance en cas de sinistre liéMise en concurrence du prestataire de maintenance
PortailOui si l’équipement existe Risque de blessure ou de casse sur un usagé, véhicule Mise en concurrence voire suppression de l’équipement ( attention au risque de sécurité )
Fonds de travauxOui (copros de +10 ans)Non supprimable : obligation légale depuis la loi Climat & RésilienceCe n'est pas une charge mais de l'épargne collective — l'optimiser passe par un PPT bien calibré pour cibler les travaux prioritaires
Frais postaux / administratifsNonAucun risque majeurDématérialisation des échanges (autorisée par la loi ELAN), AG en visioconférence

⚠️ Attention : en ce qui concerne les mises en concurrence, le but n'est pas de se rajouter plus de travail en choisissant un fournisseur incompétent. L'objectif est le meilleur rapport qualité-prix, pas le prix plancher.

Maintenant, entrons dans le détail pour comprendre d'où vient cette hausse et comment agir concrètement.


Pourquoi vos charges de copropriété augmentent : les vrais chiffres

Commençons par poser le diagnostic. Les observatoires se multiplient ces dernières années (ARC, FNAIM Grand Paris, UFC-Que Choisir …) et ils convergent tous vers le même constat : les charges de copropriété augmentent bien plus vite que l'inflation générale.

Pour vous donner un ordre de grandeur, l'inflation générale mesurée par l'INSEE tournait autour de +4% par an en moyenne sur 2022-2024 (avec un pic à +5,2% en 2022). Les charges de copropriété, elles, ont progressé de +6 à +7% par an en moyenne, avec des pointes à +10 à +14% selon les panels en 2022-2023.

Mais alors, qu'est-ce qui coûte si cher ? Quatre grands postes expliquent l'essentiel de cette hausse.

1. L'énergie : le premier coupable

Si votre copropriété dispose d'un chauffage collectif, vous l'avez probablement ressenti de plein fouet. Le chauffage représente à lui seul 30 à 40% des charges totales dans les copropriétés à chauffage collectif.

Et les prix de l'énergie ont littéralement flambé. Selon l'ADEME, entre 2021 et 2024, le prix du gaz pour les ménages a augmenté de +70% et celui de l'électricité de +45%.

Concrètement, qu'est-ce que ça donne sur les charges ?

  • Pour les copropriétés au chauffage collectif gaz, l'ARC a mesuré une hausse de +19,5% en 2022 et plus de +30% en 2023. Oui, vous avez bien lu : trente pour cent en une seule année.
  • Pour les copropriétés au chauffage individuel, la hausse est plus contenue mais reste significative : entre +5 et +10% par an sur la même période.

Le 12e Observatoire de la FNAIM du Grand Paris confirme ces tendances avec un indice général des charges qui a bondi de +10,7% entre 2022 et 2023, soit plus du double de l'inflation de l'année. Vous vous souvenez peut-être des boucliers tarifaires mis en place par l'État ? Ils ont effectivement freiné la hausse. Sans eux, les tarifs d'électricité auraient pu augmenter de 120% selon UFC-Que Choisir. Mais ces dispositifs ont pris fin progressivement en 2024-2025, ce qui signifie que la pression sur les prix continue.

Plus de la moitié de la hausse des charges sur 2021-2023 est directement imputable à l'énergie dans les copropriétés à chauffage collectif. C'est le facteur numéro un.

2. Les assurances : la hausse silencieuse

C'est le poste dont on parle moins, mais qui pèse de plus en plus lourd, surtout sur les toutes petites copropriétés. Les primes d'assurance immeuble suivent une trajectoire nettement haussière depuis plusieurs années. France Assureurs indique que la prime moyenne des contrats d'assurance habitation a progressé de +7,2% entre 2023 et 2024, atteignant 299 € hors taxes. Pour les contrats "non-occupants" (proches des contrats copropriété), c'est même +10,2%. La FNAIM du Grand Paris mesure de son côté une hausse des primes d'assurance copropriété de +10,1% en 2023, soit le double de l'inflation.

Pourquoi une telle envolée ? Trois raisons principales :

  • Les coûts de construction explosent. Les primes d'assurance immeuble sont indexées sur des indices comme l'indice FFB (Fédération Française du Bâtiment) ou l'ICC (Indice du Coût de la Construction). L'indice FFB a grimpé de +15% entre 2021 et 2024. Résultat : même sans aucun sinistre dans votre immeuble, votre prime augmente mécaniquement chaque année pour suivre le coût théorique de reconstruction. Comme le résume un cabinet spécialisé en assurance immeuble : une copropriété verra son budget assurantiel augmenter de plus de 15% en deux ans, même en l'absence de sinistre.
  • La sinistralité climatique explose. En 2022, les événements naturels (grêle, sécheresse, tempêtes) ont coûté 10,6 milliards d'euros d'indemnisations aux assureurs, un record. La sécheresse seule représente plus de 3 milliards d'euros. Le rapport Langreney, remis au gouvernement, prévoit que le coût des dommages climatiques pourrait augmenter d'environ +50% à horizon 2050.
  • Le taux Cat Nat augmente. Le gouvernement a décidé de porter le taux de cotisation catastrophes naturelles de 12% à 20% en 2025 sur les contrats habitation. À elle seule, cette mesure devrait générer +5 à +8% de hausse des primes.

En résumé, l'assurance immeuble contribue de 2 à 3 points à la hausse annuelle des charges ces dernières années.

3. L'entretien et les travaux : l'effet domino

Les contrats d'entretien de votre copropriété (ascenseur, chaufferie, nettoyage, espaces verts, multi-techniques) ne sont pas épargnés. Beaucoup contiennent des clauses d'indexation basées sur les indices de construction (ICC, indices BT/BTP), ce qui entraîne des revalorisations automatiques.

Or, l'ICC a progressé de +8,8% en 2022 et +5,36% en 2023. Les indices BT/BTP montrent des hausses à deux chiffres sur de nombreux corps de métier entre 2021 et 2023, reflétant la hausse des matériaux (acier, bois, isolants) et de la main-d'œuvre.

La FNAIM du Grand Paris détaille les postes les plus touchés en 2023 :

  • Eau froide : +12,8%
  • Chauffage collectif : +11,7%
  • Entretien et maintenance : +10,8%
  • Électricité : +8,8%
  • Assurances : +10,1%

Pour les travaux exceptionnels (ravalements, toitures, rénovation de chaufferies, isolation), la combinaison hausse des matériaux et hausse de la main-d'œuvre a renchéri les budgets de +15 à +20% par rapport aux prix d'avant-crise. Un ravalement voté en 2024 coûte nettement plus cher que le même programme estimé en 2019-2020.

4. Les nouvelles obligations réglementaires : la couche structurelle

Depuis 2021, le cadre réglementaire de la copropriété s'est profondément transformé, principalement sous l'effet de la loi Climat & Résilience.

  • Le Plan Pluriannuel de Travaux (PPT). Toutes les copropriétés de plus de 15 ans doivent désormais élaborer un projet de plan pluriannuel de travaux. Le coût d'un PPT se situe entre 3 000 et 5 000 € par immeuble selon sa taille.
  • Le fonds de travaux obligatoire. Toutes les copropriétés de plus de 10 ans doivent maintenant disposer d'un fonds de travaux alimenté par une cotisation annuelle. Son montant minimal est de 2,5% du montant des travaux prévus au PPT (ou 5% du budget prévisionnel si pas de PPT). Pour une copropriété avec un budget de 100 000 €, c'est au minimum 5 000 € par an en plus.
  • Le DPE collectif. Obligatoire pour tous les bâtiments d'habitation collective construits avant 2013. Coût : plusieurs milliers d'euros par immeuble.
  • L'individualisation des frais de chauffage. Les immeubles dépassant un certain niveau de consommation doivent installer des compteurs individuels ou des répartiteurs.

Concrètement, que faire pour maîtriser vos charges ?

Maintenant qu'on a posé le diagnostic, passons à l'action. Parce qu'il existe de vrais solutions, à condition de procéder méthodiquement.

Étape 1 : Comprendre votre budget

Avant de vouloir réduire quoi que ce soit, il faut savoir où part l'argent. Demandez à votre syndic le budget prévisionnel détaillé et les comptes de l'exercice précédent. Identifiez les cinq premiers postes de dépenses (souvent chauffage, assurance, ménage, ascenseur, honoraires de syndic). Comparez avec l'exercice précédent : quels postes ont le plus augmenté ? C'est là qu'il faut concentrer vos efforts.

Étape 2 : Passer chaque poste au crible

Avant de modifier ou supprimer un contrat, posez-vous la bonne question : quel risque est-ce que j'encours ?

  • L'assurance immeuble : Impossible de s'en passer. Vous devez la mettre en concurrence régulièrement (tous les 2 à 3 ans). Vérifiez les capitaux assurés : des capitaux surévalués gonflent inutilement la prime.
  • Le syndic : Également obligatoire. Mettez en concurrence à l'échéance du mandat, négociez le périmètre des prestations ou envisagez un syndic bénévole pour les très petites copropriétés.
  • Les énergies : Pour l'eau, le choix est limité. Pour le gaz et l'électricité, comparez les offres et changez de fournisseur sans frais. Un changement peut générer jusqu'à 10-20% d'économies. Vérifiez aussi la puissance souscrite.
  • Le ménage : Réduisez la fréquence de passage si celle-ci est supérieure aux besoins. Passer de 3 à 2 passages par semaine peut représenter une économie substantielle.
  • Les espaces verts : Même logique. Des plantations demandant peu d'entretien (vivaces, couvre-sols) peuvent remplacer des massifs floraux gourmands.
  • L'ascenseur : La mise en concurrence est particulièrement efficace car les marges sont élevées. Négociez les tarifs hors contrat.
  • Le chauffage collectif : Échangez avec votre chauffagiste pour optimiser le P1/P2/P3/P4. Mettez le contrat en concurrence. Vérifiez la régulation de la température (une baisse de 1°C représente environ 7% d'économies).
  • La VMC : Risqué de se passer de maintenance (humidité, risques sanitaires).

Étape 3 : Les leviers d'action concrets

Au-delà de l'analyse poste par poste, voici les grandes stratégies qui fonctionnent.

  • Mettre en concurrence les contrats. C'est le levier le plus immédiat. Programmez une mise en concurrence par poste chaque année pour lisser le travail. Rappel : l'objectif est le meilleur rapport qualité-prix, pas le prix plancher.
  • Suivre les consommations de près. Installez un suivi mensuel (Linky, Gazpar). Cela permet de détecter rapidement les fuites ou dysfonctionnements.
  • Investir pour économiser. Passer à l'éclairage LED (60 à 80% d'économie sur l'électricité des communs), installer un thermostat programmable connecté (-10 à -15% sur le chauffage), ou améliorer l'isolation.
  • Anticiper grâce au PPT. Planifier les investissements sur 10 ans évite de les subir dans l'urgence. Des travaux planifiés coûtent moins cher.
  • S'impliquer dans le conseil syndical. C'est le moyen le plus efficace de peser sur la gestion (contrôle des comptes, challenge des devis).
  • Dématérialiser les échanges. Réduit significativement les frais postaux (convocations d'AG, PV, etc.).

Le rôle du syndic dans la maîtrise des charges

On le dit rarement aussi clairement, mais votre syndic joue un rôle déterminant. Pas parce qu'il fixe les prix, mais parce que c'est lui qui négocie les contrats, suit les consommations et alerte le conseil syndical.

Un syndic réactif renégocie régulièrement les polices, vérifie les formules d'indexation, compare les fournisseurs et anticipe les travaux. À l'inverse, un syndic passif laisse filer les charges. Si votre syndic ne joue pas ce rôle, c'est peut-être le moment de mettre le contrat de syndic lui-même en concurrence pour trouver un partenaire plus investi.


Questions fréquentes

Mon syndic est-il responsable de la hausse des charges ?

Pas directement. La hausse est portée par des facteurs externes (énergie, construction, assurance). En revanche, il a la responsabilité de mettre en œuvre les leviers pour contenir cette hausse. S'il ne le fait pas, il a une part de responsabilité.

Est-ce que le fonds de travaux fait vraiment augmenter les charges ?

Oui, il augmente les appels de fonds (2,5 à 5% du budget), mais ce n'est pas une "charge" au sens strict : c'est de l'épargne collective. Elle protège les copropriétaires en évitant les appels de fonds exceptionnels massifs.

Peut-on refuser l'augmentation des charges ?

Le budget est voté en AG. Vous pouvez voter contre, mais si le budget n'est pas voté, le syndic continue sur la base du budget précédent, créant un décalage. La bonne approche est de travailler en amont via le conseil syndical.

Quelles aides existent pour financer les travaux de rénovation énergétique ?

MaPrimeRénov' Copropriétés (jusqu'à 25% des travaux), l'éco-PTZ copropriétés (taux zéro), et les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE). Ces aides sont cumulables.

Comment savoir si mes charges sont "normales" ?

Il n'existe pas de montant universel. Pour repère, la FNAIM du Grand Paris mesure en 2023 un coût moyen de 43,34 €/m² de surface assurée en Île-de-France (env. 2 454 €/lot/an). Le plus pertinent est de comparer avec des copropriétés similaires dans votre secteur.


En résumé

La hausse des charges de copropriété n'est pas un phénomène passager. Elle est portée par des facteurs structurels : la transition énergétique, le changement climatique, la réindexation des coûts et les nouvelles obligations. Mais structurel ne veut pas dire incontrôlable. En comprenant votre budget, en mettant en concurrence vos contrats, en suivant vos consommations, en investissant intelligemment et en vous impliquant, vous disposez de leviers concrets pour reprendre le contrôle.

La clé, c'est de ne pas subir. Et ça commence par s'informer.

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